Eleveurs-producteurs
Ferme 3L
PRODUCTION

Anne-Yvonne Prigent Colin

Localisation : PLOUDALMEZEAU (29)
Animaux : 40 vaches laitières, 150 poules pondeuses, 100 lapins
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Lapins quotidiens

Sur la pointe du Finistère, Anne-Yvonne Prigent Colin, son frère et son mari élèvent des lapins de façon raisonnée, mais passionnée.

« Pour mon père, producteur de lait et de porcs, les lapins, ce n’était pas un métier, c’était un hobby ». Anne-Yvonne Prigent Colin a beau être « un pur produit de l’agroalimentaire », et travailler depuis 18 ans sur l’exploitation où elle est née, elle n’en est pas moins « offshore ». Tant par son parcours, riche en détours, que sa façon de travailler – exigeante et innovante. Quand elle rencontre Michel Colin, qui deviendra son mari, elle a une vingtaine d’année et est en poste chez un fabricant d’aliments de bétail, après un BTS en production animale. Ils travaillent tous les deux sur l’alimentation des volailles et des lapins. « Nous avions des compétences complémentaires, mais c’est un destin ! » Et celui-ci va la faire voyager. D’abord, en l’Italie où Michel Colin, ingénieur en nutrition animale, est embauché, et où elle le suit en 1988. Heureusement Anne-Yvonne Prigent Colin est un « caméléon ». Sur place, elle apprend à parler couramment italien, trouve un emploi et passe un diplôme. A Paris 5 ans après, ou encore en Tunisie où ils vivront tous les deux pendant 4 ans, elle applique la même ouverture d’esprit. « Il faut savoir rebondir, être flexible, physiquement et mentalement. »

Quand ils reviennent s’installer en France en 2002, « c’était la Lorraine d’où vient Michel, ou chez moi, dans le Finistère », c’est sur ses terres à elle qu’ils décident d’ancrer leur projet de vie, et de cultiver leurs idées novatrices sur l’élevage et la nutrition. « L’alimentation, c’est la base de tout. » Avec Michel Colin, elle fonde COPRI, une entreprise de formulation d’aliments et de recherche en nutrition animale, et elle s’associe avec son frère George sur l’exploitation familiale, à Ploudalmézeau. Une structure « à taille humaine », qui accueille aujourd’hui 40 vaches laitières, 150 poules pondeuses et une centaine de femelles lapins. En 2003, le couple mène un premier essai avec Bleu-Blanc-Cœur pour introduire du lin dans la ration des lapins. Les résultats sont concluants, « en trois semaines, on observait déjà des changements : un poil plus soyeux, des parasites en moins, etc. », alors depuis, à la ferme des 3L, tout le monde mange du lin. « On veut ce qu’il y a de mieux pour nos animaux. » Aujourd’hui, le savoir-faire d’Anne-Yvonne Prigent Colin et de son mari s’exporte au-delà des frontières françaises.

Il faut dire que grâce à des conditions d’élevage améliorées et à leurs recherches pour mettre au point la meilleure alimentation possible, ils réussissent, depuis 15 ans, à se passer complètement d’antibiotiques pour les lapins. Chez les Prigent Colin, on a quelques longueurs d’avance et un souci de la cohérence. Ici, par exemple, tout ou presque est fait sur place. De la production de protéines, comme la graine de colza ou la féverole, à l’atelier de transformation, en passant par l’abattage des lapins – « il y a moins de stress quand cela se passe à la ferme ». Depuis quelques années, la vente, elle aussi, se fait en direct. A des bouchers-charcutiers de la région ou à des consommateurs qui se déplacent. Un moyen pour Anne-Yvonne Prigent Colin de continuer à rencontrer et échanger. « Il y a des gens qui font 30 kilomètres pour venir chercher nos œufs, sur les conseils de leur médecin ». Le lapin a beau être « plus difficile à vendre », le sien a fini l’année dernière sur une table étoilée. Alors, à 59 ans, elle commence doucement à s’imaginer passer le relais. Mais pas sans prendre le temps de transmettre, pendant quelques années, ses idées et son métier. A qui ? Elle ne sait pas encore, mais probablement quelqu’un qui lui ressemblera. « Avec une vision originale et un parcours différent ».