ONE HEALTH : Une agriculture-santé qui cultive le goût de la confiance

Bleu-Blanc-Coeur

07/10/2020
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La troisième émission du congrès virtuel One Health 2020 vient de s’achever et c’est l’heure du bilan : au total plus de 2.000 participants connectés, 26 intervenants avec à la fois des experts scientifiques, des éleveurs engagés, des professionnels de la restauration et surtout beaucoup d’idées constructives partagées. Le concept One Health (pour santé unique, globale) a été observé sous différentes perspectives, mettant toutes en exergue l’importance des pratiques agricoles pour aboutir à une alimentation de qualité respectueuse de la santé des sols, des animaux et des hommes. Sur cette troisième émission nous avons abordé un angle plus sociologique grâce à la présence de Claude FISCHLER (directeur de recherche en sociologie au CNRS), en appuyant à différents moments l’importance des dimensions sensorielles et sociales des produits alimentaires. Comme l’a fait remarquer le chef étoilé Thierry MARX, invité de notre table ronde, le goût et le plaisir ressentis sont décisifs pour que les consommateurs adhèrent à un produit et retournent l’acheter. Le plaisir motive chaque jour nos comportements, y compris alimentaires.

Quand la vitamine B12 chamboule tout

Cerveau et nutrition, un vaste domaine d’études sur lequel travaille Joe HIBBELN, ex-directeur du département Neurosciences Nutritionnelles au National Institute for Health et qui était en duplex depuis les Etats-Unis. Comprendre les comportements alimentaires est complexe, et il n’y a pas que la quête de plaisir qui est impliquée. Il a en effet présenté les résultats d’une étude qui a mis en évidence un lien entre nutrition et tendances suicidaires chez les adolescents. En fait certains d’entre-nous produiraient une molécule de transport moins performante pour bien acheminer la vitamine B12 dans nos cellules. Un défaut d’absorption de la vitamine B12 a également été identifiée comme une cause possible de démence chez les plus âgés. La vitamine B12 est aussi et surtout indispensable au renouvellement des cellules, et donc à notre survie.

Pourtant, aucun de nous n’est capable de la produire, elle est créée par les bactéries qui aident à la digestion des ruminants et on la retrouve alors dans les produits et co-produits de ces animaux (viande de bœuf ainsi que le lait et ses dérivés). Nous avons donc besoin des bactéries pour créer ce micronutriment qui nous est indispensable et que l’on collecte grâce aux produits animaux. Une fois dans notre corps, la vitamine B12 agit en synergie avec une autre vitamine, la B9, que nous retrouvons cette fois-ci dans les plantes (notamment les légumes à feuilles).  Pierre WEILL, co-président de l’association Bleu-Blanc-Cœur, appuie par cette démonstration à quel point l’homme est interconnecté avec les autres organismes et microorganismes de la biosphère pour assurer sa survie. 

viande de boeuf

De la diversité pour toutes les générations

Pierre WEILL nous explique aussi qu’il est important d’aborder le concept One Health dans l’espace (le champ, l’auge des animaux, l’assiette des hommes), mais il faut aussi l’appréhender dans le temps : chaque génération doit pouvoir être l’ambassadeur d’une santé unique. Et cela commence dès le plus jeune âge puisque les 1000 premiers jours de la vie sont décisifs pour construire un terrain propice à la santé. Parmi les différents projets de recherche auxquels participe Bleu-Blanc-Cœur, L’étude clinique ALLAITEMENT, pilotée par le CHU de RENNES en lien étroit avec l’INSERM, s’intéresse justement à l’impact de l’alimentation des femmes enceintes et allaitantes sur lait maternel et notamment sa composition en lipides (moins riche en oméga 3 que par le passé). Les plus anciens devraient être également en première ligne pour bénéficier des bienfaits d’une alimentation de qualité (et du plaisir de goûter des aliments savoureux), c’est pourquoi une autre étude clinique est en cours de montage pour s’intéresser aux impacts santé (résistance aux maladies infectieuses, marqueurs de la dégénérescence – tels Alzheimer, capacité à conserver son autonomie et de la force physique…) d’une alimentation Bleu-Blanc-Cœur en EHPAD.

Sylvie DAURIAT (Restau’co) soutient d’ailleurs l’intégration d’une gamme de plus en plus large et diversifiée de produits Bleu-Blanc-Cœur en restauration collective pour une bonne santé des petits comme des grands. Restau’co travaille en effet main dans la main avec Bleu-Blanc-Cœur à la création d’une méthodologie permettant d’intégrer les aliments Bleu-Blanc-Cœur dans les 50% de produits de qualité et durables de la loi EGAlim (en se basant sur les externalités environnementales vertueuses de ces produits). La restauration collective est aussi un vecteur éducationnel : la diversité d’aliments proposés à la cantine, cela donne l’habitude de manger diversifier et incite à continuer de construire ses repas dans ce sens.

L’importance d’une grande diversité à la fois dans les champs et les assiettes a d’ailleurs été rappelée au travers du témoignage d’Anthony BERTHOU, (nutritionniste notamment chez Yuka) sur la maladie de Lyme : une perte de biodiversité dans nos territoires engendre la disparition des prédateurs des tiques, porteurs de la maladie et cela augmente la prévalence de la pathologie chez l’Homme. En parallèle, un régime alimentaire déséquilibré peut rendre difficile la constitution d’un terrain immunitaire efficace pour se défendre contre l’infection. Ce lien entre diversité à différentes échelles et santé a aussi été souligné lors des premières études cliniques réalisées avec Bleu-Blanc-Cœur qui portaient principalement sur l’obésité et le diabète de type II.

 

différentes générations

Santé à revendre pour plus de confiance

Une alimentation bienfaitrice intégrant le concept One Health a un prix. L’autonomie protéique par exemple cela coûte plus d’argent que d’importer du soja des Etats-Unis (ce n’est pas pour rien que le commerce du soja a été multiplié par 8 depuis 1960) ; mais les bénéfices de se passer de soja d’import seraient nombreux comme l’a évoqué Michel DURU (Directeur de recherche INRAE du département Environnement et Agronomie) : enrayer le fléau de la déforestation, limiter les intrants chimiques, soutenir l’économie territoriale. Il y a aussi des enjeux de santé publique à limiter le soja (qui contient des lipides de type oméga 6 à potentiel pro-inflammatoire) : sa consommation sous forme d’huile a été multipliée par 1000 par les américains depuis le début du 20ème siècle (données présentées par Joe HIBBELN), et on ne peut pas dire que cela leur ait réussi…

Pour réussir cette transition vers une agriculture-santé, Pascal BALLE (La Nouvelle Agriculture) insiste lors de la table ronde sur l’importance de la mise en place d’un projet gouvernemental alimentaire fort impliquant une écoute attentive des personnes sur le terrain « Nous les solutions en tant qu’agriculteurs, on les a ! ». Thierry MARX, qui a à cœur de rester militant et dans l’action, en appelle aussi au bon sens des consommateurs qui ont besoin de réaliser que le prix n’est pas la valeur.

Cela dit, pour augmenter le consentement à payer, encore faut-il avoir confiance et le consommateur a de plus en plus de mal à l’accorder car il est perdu. Il faut chercher la petite musique bienfaitrice dans une cacophonie d’informations nutritionnelles parfois contradictoire d’après Claude FISCHLER, et cela passe par l’éducation. Il faut aussi savoir se faire entendre en se basant sur des preuves, des démonstrations scientifiques rendues accessibles au plus grand nombre. C’est un challenge mais Bleu-Blanc-Cœur essaie, depuis 20 ans cette année, de relever ce défi en collaborant avec des instituts de recherche, en s’appuyant sur son conseil scientifique et aussi en essayant de vulgariser sans prendre de raccourcis, de partager pour mieux informer.

Nous retiendrons de cette émission qu’il ne faut pas perdre de vue les dimensions sociales de l’alimentation. D’après Claude FISCHLER, Sociologue et Directeur de Recherche au CNRS, nous tendons vers une individualisation des pratiques alimentaires, avec plus de petits plaisirs solitaires et de choix personnels, conformes aux exigences idéologiques de chacun. La notion de partage reste centrale car le plaisir partagé n’est pas divisé mais multiplié par le nombre de convives. Ce sont ces valeurs de partage et de transmission qui sont véhiculées par l’association Bleu-Blanc-Cœur depuis ses débuts, ses présidents Pierre WEILL et Bernard SCHMITT, rappellent que nous avons bâtît cette maison commune tous ensemble, tous différents que nous sommes (éleveurs, chercheurs, transformateurs, professionnels de la santé et des métiers de bouche, consommateurs…).

enfant mange un oeuf

Quelques témoignages des participants à cette 3ème session One Health :

« Bonjour et merci à Claude Fischler pour cette mise en bouche, pour avoir mis en avant le rôle de la connaissance trop souvent oubliée par rapport aux croyances; pour avoir souligné la place des sciences humaines dans la mise en relation des savoirs. »

« Une belle synthèse, merci bien. Importance de l’alimentation des jeunes femmes pour la santé d’un éventuel bébé. »

« Bonjour, un programme à présenter aux élèves dans les lycées afin de les sensibiliser »

« Merci à M Weill pour le partage de ce travail de plus de 20 ans ! Tout est dit lorsque vous dites « on parle des gestes barrières et on a oublié l’alimentation barrière « . Encore MERCI ! »

« La santé n’a pas de prix comme dit Mr Marx. »

« Merci Claude pour rappeler l’essentiel, les valeurs sociétales : Partage et qualité de produits, respect d’autrui et de notre planète. Vivre ensemble en toute convivialité reprend tout son sens. Manger du sens et du goût. »

« J’espère que toutes ces informations seront transmises dans les établissements scolaire auprès de nos jeunes, si on ne leur dit pas il ne le sauront pas. Ce sont nos futurs consommateurs »

« Merci beaucoup de votre présentation M. Fischler. Effectivement, nous sommes dans une société où règne de plus en plus la défiance. Serons-nous en tain de vivre une crise de légitimité des informations et des savoirs? »

Vous n’avez pas pu assister aux différentes sessions du congrès #OneHealth2020 ?

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